Top influenceurs Réunion : les créateurs péi que les marques s’arrachent

Sur une île de 911 000 habitants, 554 000 comptes actifs sur les réseaux sociaux. Près de deux Réunionnais sur trois ouvrent chaque jour Instagram, TikTok ou Facebook (DataReportal, octobre 2025). Dans ce vivier compact, quelques noms sortent du lot. Cassie Del Isla, Fleur Lefevre et Moustache Kreol dominent le compteur d’abonnés, quand Emily Grondin ou Carole Hoareau raflent la reconnaissance du milieu. Voici qui compte sur l’île et pourquoi une marque péi n’achète pas ici la même chose qu’à Paris.

Le top des influenceurs Réunion sur Instagram

Le classement StarNgage des comptes localisés à La Réunion place en tête une poignée de profils qui franchissent la barre des 100 000 abonnés. Rien d’anecdotique sur un territoire de moins d’un million d’habitants : ces audiences pèsent le poids d’une commune entière.

Créateur Compte Instagram Abonnés Registre
Cassie Del Isla 2.0 cassiedelisla2.0 202 000 Mode et accessoires
Fleur Lefevre fleur.vanille 174 000 Lifestyle péi
Rwan somewhere.island 144 000 Aventure et voyage
Romain, Moustache Kreol moustache.kreol 141 000 Sport et voyage
Tony Baëty tonybaety 131 000 Divertissement et humour
DroneCopters, Jonathan P. dronecopters_974 123 000 Nature et photographie

Ces chiffres viennent de la plateforme et bougent au fil des mois. Ils dessinent surtout une carte des registres qui prennent sur l’île : la mode, l’outdoor, l’automobile péi, la vue aérienne des cirques. Le décor réunionnais y tient le rôle principal autant que le créateur lui-même. Le mécanisme n’a rien d’unique : les créateurs brésiliens qui cartonnent sur les réseaux doivent eux aussi une large part de leur audience aux codes et aux paysages de leur pays.

Emily Grondin et les lauréats des Influencers Awards Indian Ocean

Le 30 août 2025, l’île Maurice accueillait la sixième édition des Influencers Awards Indian Ocean. Première fois que l’événement s’ouvrait aux autres territoires de la zone, avec quatre Réunionnais primés :

  • Emily Grondin, doublement récompensée en content creator et best influencer international. Elle représentera La Réunion à Cannes en 2026. Son compte e_m_y_l_y revendique plus de 60 800 abonnés autour du lifestyle et de la food.
  • Marion, dite « la reunionnaiz », lauréate en fashion and beauty.
  • Jessy.grapher, primée en travel et lifestyle.
  • Willy Kyle, créateur de la page Instagram Culture Réunion, coup de cœur du jury.

Ce palmarès dit une chose aux annonceurs : l’influence péi se joue désormais à l’échelle de l’océan Indien, plus depuis un bureau hexagonal qui découvre l’île sur une carte.

Une audience insulaire ne se mesure pas en abonnés

Le taux d’engagement raconte une autre histoire que le compteur. StarNgage crédite Mamadou Segpa de 13,6 % d’engagement pour 93 000 abonnés et Wendy Cathalina de 8,6 % pour 107 000. En face, le compte le plus suivi de l’île plafonne à 1,4 %. Une communauté restreinte mais captive vaut souvent mieux qu’une audience large et tiède. Encore faut-il regarder les bons indicateurs pour juger une audience sociale avant de signer quoi que ce soit.

Le créole explique une partie du phénomène. Un post en kréol trie son public sans effort : il parle à ceux qui vivent sur l’île, connaissent le magasin cité, reconnaissent la ravine derrière le créateur. Cette connivence produit des commentaires, des partages, des visites en boutique. Elle rend aussi la triche visible. Sur un caillou où tout le monde se croise, une recommandation malhonnête se paie cash.

Carole Hoareau, alias La Petite Créole, incarne cette exigence dans les colonnes d’Imaz Press. Elle paie ses additions, teste, puis partage uniquement ce qui lui plaît. « Je fonctionne comme un média, j’ai une ligne éditoriale », expliquait-elle. Son compte lapetitecreole.re est passé de 42 800 abonnés début 2023 à près de 70 000, sans jamais quitter le registre du coup de cœur local.

Comment une marque locale travaille avec un influenceur réunionnais ?

Les tarifs n’ont rien à voir avec ceux de l’Hexagone. Romain, alias Xtyrom, confiait toucher une centaine d’euros par vidéo, somme qu’il réinvestit en cadeaux pour sa communauté. Les agences d’influence locales jouent les intermédiaires, démarchent les annonceurs et cadrent les briefs. Le créateur garde la main sur la forme dès lors que le produit apparaît.

Le refus fait partie du métier. L’humoriste Benji a écarté des collaborations avec une chaîne de fast-food et un opérateur de paris sportifs. Régina Pisano, agent et créatrice, ne travaille qu’avec des profils qui déclarent leurs revenus. Plusieurs créateurs de l’île ont passé le certificat d’influence responsable de l’ARPP, deux heures de formation en ligne sur l’alcool, l’exposition des enfants ou la mention des partenariats. Le partenariat rémunéré s’affiche, la marque se nomme, le produit se cite.

« Il faut être créatif et se démarquer des autres surtout […] le marché est très fermé à La Réunion »

La phrase de Benji vaut avertissement pour les annonceurs aussi. Le vivier de créateurs grossit plus vite que les budgets de l’île. Une marque qui débarque avec un brief calqué sur une campagne nationale se cogne à un mur : ni le ton, ni les lieux, ni la langue ne collent. Celle qui laisse le créateur écrire dans son registre récupère une audience déjà acquise. L’ancrage territorial n’est pas un supplément d’âme, c’est le produit lui-même.

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