Younes Zarou en tête, Imane Anys juste derrière, Achraf Hakimi et French Montana dans le carré de tête : le classement 2025 de Favikon dessine un top marocain dont la moitié publie hors du royaume. L’influence marocaine se joue sur deux tableaux, une diaspora à l’audience planétaire et un marché intérieur qui monte en gamme, avec ses grilles tarifaires en dirhams, ses arbitrages de langue et ses premières jurisprudences.
Le top des influenceurs marocains, plateforme par plateforme
Favikon classe 200 créateurs marocains sur un score d’autorité qui pondère l’engagement, la croissance et la présence multi-réseaux, pas le seul compteur d’abonnés. Younes Zarou culmine à 9 834 points devant Pokimane et French Montana. Le podium échappe au marché intérieur : cofondateur de l’agence Totally MGMT et cité par Forbes 30 Under 30, Zarou fabrique du contenu pour une audience mondiale plutôt que pour Casablanca.
- Younes Zarou (TikTok, Instagram) : viralité visuelle, jalons personnels, messages positifs
- Imane Anys, alias Pokimane (Twitch, YouTube) : gaming, talk-shows et podcasts
- Achraf Hakimi (Instagram) : le PSG, la sélection et sa fondation pour l’enfance
- Halima Filali (YouTube, Instagram) : cuisine marocaine, plus de 7 millions d’abonnés, saison haute pendant le Ramadan
- Nouhaila (TikTok, YouTube) : maquillage et astuces, plus de 6,1 millions d’abonnés TikTok
- Houda Oubellane, dite Missdouaa (TikTok, Instagram) : beauté, mode, collaborations avec des artistes arabes
- Meryam Kadmiri (Instagram) : sketches et comédie en arabe
- Sanae Benkrara (YouTube, TikTok) : vlogs lifestyle, podcast et partenariats beauté
Un second classement raconte une autre histoire. Le prix Love Brand des Impériales, bâti en 2020 sur un sondage auprès de 3 119 Marocains, sacrait Taha Essou, Fayssal Vlog et Amine Raghib. La notoriété ressentie par le public local ne recoupe pas le score algorithmique : les vlogueurs voyage et le vulgarisateur tech trustaient ce palmarès quand les plateformes, elles, récompensent la portée internationale.
Darija, français, arabe : la langue décide du plafond
L’arbitrage linguistique conditionne la taille de l’audience. Un créateur qui publie en darija ou en arabe classique touche l’ensemble du monde arabophone, du Golfe au Maghreb : Meryam Kadmiri et Mariam Mourad, la tiktokeuse connue sous le nom d’Aflatona, prospèrent sur ce terrain. Le français reste la langue des annonceurs urbains et des marques premium, avec une audience plus étroite et un pouvoir d’achat supérieur. L’humour en darija truffé de références culturelles figure d’ailleurs parmi les niches en pleine expansion repérées par les agences locales.
Instagram et TikTok raflent la mise
Chez les 18-34 ans, Instagram et TikTok écrasent la concurrence, YouTube tenant la troisième place sur le format long. Les ordres de grandeur d’engagement diffèrent d’un réseau à l’autre : 4 à 8 % sur Instagram, 9 à 15 % sur TikTok, 3 à 6 % sur YouTube. TikTok achète la viralité, Instagram vend l’esthétique, YouTube installe l’expertise. D’autres marchés émergents suivent la même mécanique, à commencer par le Brésil où les créateurs brésiliens les plus suivis doivent d’abord leur audience au format court. Côté thématiques, le lifestyle, la beauté, le food et le voyage local occupent le haut du panier, tandis que d’autres verticales décollent :
- le fitness calé sur les codes locaux
- le tourisme intérieur, du Sahara à l’Atlas
- le gaming et l’e-sport
- l’éducation financière des jeunes actifs
- la mode patrimoniale, caftan contemporain et jabador streetwear
Combien coûte un influenceur marocain ?
Le marché a ses paliers et ses prix, libellés en dirhams. Les nano-influenceurs acceptent souvent un échange en produits, ce qui en fait la porte d’entrée des PME de Casablanca ou de Marrakech. Le rapport engagement-prix s’inverse à mesure que l’audience grossit : plus la communauté enfle, plus le taux d’interaction s’effrite. Raison de plus pour caler la négociation sur les indicateurs sociaux qui comptent vraiment plutôt que sur le seul compteur d’abonnés.
| Palier | Abonnés | Budget campagne | Engagement moyen |
|---|---|---|---|
| Nano | 1 000 à 10 000 | 500 à 2 000 MAD | 8 à 15 % |
| Micro | 10 000 à 100 000 | 2 000 à 10 000 MAD | 5 à 10 % |
| Macro | 100 000 à 1 million | 15 000 à 50 000 MAD | 2 à 4 % |
| Méga | plus d’1 million | 50 000 à 150 000 MAD | 1 à 3 % |
Ces fourchettes proviennent d’une agence d’influence casablancaise et servent de repère de négociation, pas de barème officiel.
Le métier se professionnalise, le droit court derrière
Au Maroc, 67 % des créateurs préfèrent le terme « créateur de contenu » à celui d’« influenceur ».
Ce glissement de vocabulaire trahit la volonté de sortir du statut d’amateur payé en colis. La réalité juridique traîne le pas : aucune loi marocaine ne régit à ce jour la publicité d’influence. Les partenariats rémunérés relèvent du droit commun, la loi 31-08 sur la protection du consommateur en tête, qui sanctionne la publicité dissimulée et les pratiques commerciales trompeuses. Signaler un contenu sponsorisé reste la première protection du créateur.
Le volet fiscal suit la même logique. L’administration ne reconnaît aucune catégorie « influenceur » : les revenus versés par TikTok, YouTube ou une agence se déclarent sous une qualification classique de création de contenu ou de prestation de communication, le régime de l’auto-entrepreneur servant souvent de cadre. Un produit offert contre une publication constitue une rémunération en nature, donc un revenu imposable. Contrats, factures et relevés bancaires forment le dossier que la DGI examine en cas de contrôle.
Les tribunaux, eux, ont déjà tranché. Le tribunal de première instance de Marrakech a condamné Soukaina Janah, connue sous le nom de Soukaina Glamour, à dix mois de prison ferme, 500 dirhams d’amende et trois ans d’interdiction de paraître sur les réseaux sociaux, le 17 août 2026. En avril de la même année, la même juridiction infligeait cinq mois avec sursis et cinq ans d’interdiction à Abdelilah El Hajout, alias Moul l’hout. Ces peines visent le contenu publié, jamais le métier lui-même : le Maroc juge ce que les créateurs disent, pas ce qu’ils sont.







