Derrière le pseudo Aqababe se cache Aniss Zitouni, blogueur et influenceur français né le 15 avril 1998 à Lyon. Sa spécialité : les exclusivités sur les personnalités publiques, avec une prédilection marquée pour la galaxie téléréalité. Son audience Instagram se compte en millions d’abonnés. Son agenda croise celui des tribunaux à intervalles rapprochés. Pour qui observe la fabrique de l’attention en ligne, le personnage mérite mieux qu’un haussement d’épaules : il incarne un modèle éditorial entier, né sur les réseaux, sans rédaction ni comité de relecture.
Aqababe ou aquababe, l’influenceur derrière le pseudo
Le pseudo s’écrit Aqababe, sans « u », même si la requête tapée dans Google devient souvent aquababe. Aniss Zitouni lance son compte en 2018 et se fait remarquer avec des scoops sur des célébrités, puis avec des clichés intimes de la candidate de téléréalité Astrid Nelsia. En janvier 2018, il diffuse une vidéo intime du chroniqueur Jeremstar et accuse un proche de ce dernier d’avoir approché de jeunes hommes mineurs. L’affaire secoue le milieu des influenceurs et installe le blogueur comme une source que plus personne n’ignore.
La suite du parcours enchaîne les formats. En 2020, il lance l’Aqashow sur la plateforme payante TeleStar Play. En 2022, il alimente le « BerdahGate » en visant Magali Berdah et son agence Shauna Events, dossier que le rappeur Booba amplifie de son côté. Côté audience, les chiffres bougent selon les périodes : un million d’abonnés Instagram en avril 2025 selon RMC, 1,2 million en juillet 2025 selon Radio France, près de 1,5 million en octobre 2025 selon franceinfo, auxquels s’ajoutent 250 000 abonnés sur X et plus de 300 000 sur TikTok.
Le gossip brut comme ligne éditoriale
Aqababe ne prétend pas faire du journalisme. Il revendique un modèle importé des tabloïds américains, où la preuve tient dans l’image et où le potin se publie sans filtre. Sa matière première arrive de sa communauté, qu’il surnomme ses « chipies » : des messages, des captures, des photos envoyées par des abonnés. Le volume remplace la vérification et la communauté joue le rôle de rédaction sans en avoir ni la formation ni les garde-fous.
« La conception d’Aqababe, c’est archi inspiré des États-Unis, c’est-à-dire qu’il n’y a pas d’éthique », expliquait-il à Sam Zirah, propos repris par franceinfo.
Il pousse la dissociation jusqu’au bout : « Aqababe n’a pas d’éthique », affirme Aniss Zitouni, qui dit en avoir à titre personnel et séparer son travail de sa personnalité. La formule résume un positionnement de marque assumé, avec ce que cela suppose de dégâts collatéraux pour les personnes citées.
Brigitte Bardot, Dupont de Ligonnès : quand le scoop déraille
En octobre 2025, il annonce la mort de Brigitte Bardot. L’actrice dément sa propre disparition sur les réseaux sociaux. Le message d’origine finit supprimé. franceinfo consacre alors une fiche « Vrai ou Faux » au blogueur, le 23 octobre 2025, en rappelant que ce qu’il avance se révèle parfois juste et parfois faux de bout en bout.
Six mois plus tôt, en avril 2025, il lançait une « traque numérique » pour retrouver Xavier Dupont de Ligonnès, disparu depuis 2011. Près de 400 000 abonnés se mettent à chercher. Un canal Instagram dédié rassemble 170 000 membres. L’influenceur dit recevoir 25 000 mails, puis avance une piste asiatique qui se révèle fausse elle aussi. Le parquet de Nantes s’agace de ces enquêtes amateurs qui multiplient les fausses pistes et font perdre du temps aux enquêteurs. Sa réponse, rapportée par RMC en avril 2025 : « si je peux aider, pourquoi pas. Si le parquet est agacé, qu’il s’agace ».
Pourquoi les convocations font-elles partie du décor ?
Les procédures s’enchaînent depuis deux ans. Aucune décision de justice n’est intervenue sur les faits les plus récents : le blogueur reste présumé innocent tant que le tribunal ne s’est pas prononcé.
| Date | Épisode | Média |
|---|---|---|
| Avril 2025 | Garde à vue après la diffusion d’extraits filmés d’un procès pour cyberharcèlement visant Magali Berdah | Le Parisien |
| Juillet 2025 | Il comparaît pour avoir posté une mini-vidéo prise en pleine audience | Radio France |
| Avril 2026 | Nouvelle garde à vue, procès annoncé le 14 octobre pour violation du secret professionnel | Le Parisien |
L’affaire jugée en octobre remonte à l’été 2024 : Aqababe avait publié une photo de Matthieu Delormeau prise dans l’enceinte du tribunal de Paris, légendée « EXCLU AQABABE ». Selon Le Parisien, le cliché venait d’une vacataire du tribunal, depuis suspendue. Son avocat, Me Tom Michel, dénonce auprès du même quotidien un « véritable acharnement judiciaire » et demande la relaxe de son client.
S’ajoutent des accusations portées par des tiers, qui restent à ce stade des allégations sans décision de justice :
- des plaintes déposées en 2025 pour pratiques commerciales trompeuses
- des accusations d’escroquerie et d’abus de confiance, selon des plaignants
- des signalements pour harcèlement
L’influenceur raconte de son côté avoir subi une violente agression liée à ses révélations. Ce récit vient de lui, sans procédure connue qui l’établisse à ce jour.
Ce que le cas Aqababe dit du métier de blogueur people
Un million d’abonnés, zéro rédaction, zéro process de vérification : le modèle tient sur une seule ressource, la vitesse. Publier avant les autres construit l’audience. Publier sans recouper construit le risque. Les deux faces appartiennent au même métier. Personne dans l’écosystème n’en ignore le prix, ni les personnes citées, ni les plateformes, ni le blogueur lui-même. Sur les réseaux sociaux, la taille d’une communauté ne dit d’ailleurs pas grand-chose à elle seule : ce sont les indicateurs d’engagement à suivre en social media qui révèlent la valeur réelle d’une audience.
Pour les marques et les agences, le cas fixe une limite nette. Une audience de cette taille attire, le contexte éditorial repousse. Le risque réputationnel se transmet par association, surtout quand les convocations rythment le calendrier autant que les scoops. Un influenceur people de ce calibre relève d’une logique de média d’opinion bien plus que d’une logique de partenariat commercial. Les annonceurs qui veulent malgré tout activer ce canal s’appuient sur des intermédiaires dont c’est le métier : les agences d’influence implantées à Strasbourg et ailleurs sélectionnent les profils, vérifient le contexte éditorial et bordent les contrats.
Reste la suite. Sa bio Instagram le présente aujourd’hui comme « proudly based in north america ». Un compte tiers, non officiel, affirme en 2026 qu’il aurait réorienté son activité vers les États-Unis et le Mexique. Aucune source de premier plan ne confirme ce virage à ce jour et le compte principal continue d’exister : @aqababe sur Instagram.







