Deux contrats, deux logiques, une confusion qui vaut parfois un départ raté. En contrat d’apprentissage, la période d’essai dure 45 jours de formation pratique en entreprise, consécutifs ou non. En contrat de professionnalisation, elle suit le droit commun : deux semaines à un mois en CDD, deux à quatre mois en CDI et uniquement si le contrat la prévoit noir sur blanc. Tout le reste se joue dans le décompte.
Apprentissage : la période d’essai en alternance se compte en jours de terrain
Le code du travail, via son article L6222-18, autorise l’apprenti comme l’employeur à rompre le contrat jusqu’à l’échéance des 45 premiers jours de formation pratique en entreprise. Le mot qui change tout : entreprise. Les journées passées au CFA sortent du compteur, les semaines de cours ne font avancer aucune case. Selon le rythme d’alternance, cette phase s’étire donc sur trois, quatre voire cinq mois de calendrier.
45 jours de formation pratique, ce n’est jamais 45 jours après la rentrée.
Un exemple parle mieux qu’un rappel légal. Rythme de trois semaines en entreprise pour une semaine en CFA, cinq jours de présence hebdomadaire : le compteur atteint 45 au dernier jour de la troisième période en entreprise. Passez à quatre jours de présence par semaine et l’échéance glisse au neuvième jour de la quatrième période. Un arrêt maladie suspend le décompte, il ne le remet pas à zéro et l’indemnisation suit alors les règles classiques du maintien de salaire pendant un arrêt de travail.
Autre particularité : cette phase probatoire s’applique d’office. Aucune clause à insérer, aucune négociation possible, une durée fixe et non un plafond. Elle ne se renouvelle jamais. Juridiquement, on parle d’ailleurs de période probatoire, pas de période d’essai au sens strict : l’appellation courante relève de l’abus de langage.
Contrat de professionnalisation : la durée se lit dans le contrat
En contrat de professionnalisation, l’alternant redevient un salarié comme les autres, avec une rémunération calée sur les barèmes officiels de l’alternance selon l’âge et l’année de contrat. La période d’essai n’a rien d’obligatoire : la loi fixe des plafonds, le contrat ou la lettre d’engagement décide du reste. Sans mention écrite, aucune période d’essai ne s’applique.
Les maximums légaux à connaître :
- CDD : un jour par semaine prévue au contrat, dans la limite de deux semaines pour un contrat de six mois ou moins
- CDD conclu pour plus de six mois : un mois
- CDI, ouvrier ou employé : deux mois
- CDI, agent de maîtrise ou technicien : trois mois
- CDI, cadre : quatre mois
Un contrat pro de 22 semaines montre bien le télescopage des règles. La première limite donne 22 jours, la seconde plafonne à deux semaines. C’est la plus courte qui l’emporte, un réflexe que beaucoup d’employeurs oublient au moment de rédiger.
Le délai de prévenance, angle mort des ruptures
L’apprentissage ignore le délai de prévenance : pendant les 45 jours, la rupture produit un effet immédiat, sans préavis ni indemnité. Le contrat de professionnalisation impose un sas avant la sortie effective. Sa longueur dépend du temps déjà passé dans l’entreprise et de la partie qui appuie sur le bouton.
| Présence dans l’entreprise | Rupture par l’alternant | Rupture par l’employeur |
| Moins de 8 jours | 24 heures | 24 heures |
| 8 jours à 1 mois | 48 heures | 48 heures |
| 1 à 3 mois | 48 heures | 2 semaines |
| Plus de 3 mois | 48 heures | 1 mois |
Un employeur qui saute cette étape verse une indemnité compensatrice équivalente aux salaires dus jusqu’au terme du délai. Retenez surtout ceci : la date de fin réelle intègre le délai de prévenance, pas le jour de l’annonce. La paie court jusque-là.
Qui prévient qui et par quel écrit ?
En apprentissage, la rupture se joue sur du papier. L’employeur informe par écrit le directeur du CFA et doit prouver que sa décision a bien été portée à la connaissance de l’apprenti dans les 45 jours. À défaut, l’addition grimpe en dommages et intérêts, la jurisprudence sanctionne ce défaut de formalisme écrit sans état d’âme. L’apprenti, de son côté, notifie l’employeur par recommandé ou remise en main propre contre décharge, puis alerte son centre de formation. Une rupture d’un commun accord se formalise par un document signé des deux parties, transmis au CFA.
En contrat pro, l’alternant n’a aucun formalisme imposé, un e-mail daté sécurise malgré tout la preuve du départ. L’employeur informe l’OPCO qui suit le dispositif et remet les documents de fin de contrat : certificat de travail, reçu pour solde de tout compte, attestation France Travail. Les congés payés acquis et non pris se transforment en indemnité compensatrice.
Renouvellement et embauche après l’alternance
Le renouvellement reste l’apanage du contrat de professionnalisation. Cinq conditions cumulatives : un CDI, une convention collective ou un accord de branche qui l’autorise, une clause explicite dans le contrat, l’accord des deux parties, une décision prise avant la fin de la première période. Et jamais plus d’une fois.
Quand l’entreprise décide de garder son alternant, la question rebondit sur le nouveau contrat. Aucune règle universelle ici : les conventions collectives tiennent souvent compte de l’expérience acquise et prévoient une période d’essai réduite de moitié, parfois supprimée quand les missions restent identiques. Un point à négocier avant de signer, surtout après deux ans passés à faire ses preuves dans la maison.







