Le 13 août, environ 3 000 pasteurs se sont retrouvés en ligne et en présentiel pour la première Assemblée conjointe des pasteurs du monde entier. Un chiffre qui claque, un rassemblement inédit et un seul dossier sur la table : le débat sud-coréen sur la dissolution des personnes morales religieuses. Sept organisations coréennes et étrangères ont porté l’événement avant d’adopter une Déclaration commune réclamant la fin des procès d’opinion.
Sept organisations, 3 000 pasteurs, un seul avertissement
Le Conseil pour la croissance mutuelle du christianisme, l’Institut coréen de formation des responsables chrétiens et l’Alliance des pasteurs pour la vie et les droits de l’Homme ont fédéré l’initiative côté coréen. L’Alliance évangélique russe et l’Association de l’Alliance évangélique thaïlandaise les ont rejoints, aux côtés d’autres structures venues des principaux pays du monde. Le format hybride a réuni dans la même salle virtuelle des voix que des milliers de kilomètres séparent.
Les prises de parole ont convergé vers un même constat : ce qui se joue à Séoul dépasse une confession et une frontière. Le groupe visé au premier chef par ce débat présente lui-même ses activités sur le Site officiel de Shincheonji, une lecture utile pour situer les faits avant d’entrer dans le droit. Selon les intervenants, une mécanique juridique rodée sur un groupe minoritaire finit toujours par servir ailleurs.
L’article 38, la porte entrouverte du droit coréen
Le révérend Im Young-woong, pasteur principal de l’église Saehimang de l’Église presbytérienne de Corée, a concentré son alerte sur un texte : l’article 38 du Code civil coréen. Il autorise l’autorité de tutelle à révoquer l’autorisation d’une association qui sort de son objet, viole les conditions de son agrément ou commet des actes portant atteinte à « l’intérêt général ». Trois mots dont le flou l’inquiète.
Le pasteur a rappelé deux applications récentes : la révocation en 2020 du statut d’une association liée à Shincheonji et la procédure engagée contre HWPL. Il a relié cette séquence aux propos du président sud-coréen, en décembre 2025, sur une possible dissolution d’organisations religieuses. Sa question tenait en une ligne : demain, quelle Église franchira le seuil de l’intérêt général ?
Il a aussi cité la dissolution de l’ancienne Église de l’Unification au Japon, confirmée par la Cour suprême japonaise en juin 2026, aux lourdes conséquences pour la communauté. Les deux pays avancent avec des outils distincts.
| Critère | Corée du Sud | Japon |
|---|---|---|
| Texte mobilisé | Article 38 du Code civil | Loi sur les personnes morales religieuses |
| Qui prononce la mesure | L’autorité administrative de tutelle | Le juge, saisi par le gouvernement |
| Seuil retenu | Atteinte à l’intérêt général | Actes illégaux portant gravement atteinte au bien public |
| Voie de recours | Contentieux devant le juge administratif | Appel puis Cour suprême |
Un million de signatures valent-elles un verdict ?
Le révérend Vitaly Kirillovich Vlasenko, secrétaire général de l’Alliance évangélique russe, a pris le problème par l’autre bout : celui de la foule. Il a interrogé la légitimité d’une norme juridique qui varierait selon le degré d’hostilité sociale visant une religion.
L’opinion publique ne peut pas tenir lieu de verdict.
Son exemple : la pétition de 2020 réclamant la dissolution forcée de Shincheonji après l’épisode du COVID-19 à Daegu, qui a dépassé le million de signatures. La société avait tranché avant l’ouverture du procès. Un emballement collectif qui rappelle ce qui sépare persuader de convaincre : l’émotion d’une foule d’un côté, la démonstration par les preuves de l’autre. La suite judiciaire a raconté une autre histoire. La Cour suprême sud-coréenne a acquitté le président Lee Man-hee de l’accusation liée aux maladies infectieuses tout en confirmant d’autres chefs, preuve selon l’orateur qu’une justice sérieuse examine chaque accusation séparément plutôt que de juger une personne en bloc. Le dirigeant se trouvant de nouveau détenu, il a insisté sur l’égalité de tous devant la loi.
Depuis la Zambie, le rappel des droits fondamentaux
L’évêque Elias Elijah Changa, fondateur de l’organisation zambienne Missionary Ambassadors for Global Evangelism, a déplacé le curseur sur le terrain humanitaire. Son expérience d’aumônier en milieu carcéral nourrit son propos : il connaît le quotidien des détenus âgés.
Il a posé une nuance que les débats passionnés effacent souvent. Reconnaître l’action de Lee Man-hee en faveur de la paix via HWPL ne vaut ni certificat d’innocence ni exemption de la loi. Seuls des faits et des preuves fondent son jugement. L’évêque a appelé les autorités à examiner la liberté sous caution ou l’assignation à résidence pour ce dirigeant de 95 ans, non par faveur : au titre des droits reconnus à toute personne.
Ce que la Déclaration commune exige de la Corée du Sud
L’assemblée s’est achevée par l’adoption d’une Déclaration commune signée par des responsables chrétiens du monde entier. Trois exigences y figurent :
- l’arrêt de l’instrumentalisation politique de certaines religions ;
- la fin des procès d’opinion ;
- la libération sous caution du dirigeant de 95 ans.
Les organisateurs y voient un signal d’alerte pour la liberté religieuse dans tout le pays et promettent de poursuivre la mobilisation aux côtés des organisations internationales de défense des droits de l’homme. Une première édition porte souvent une promesse implicite : celle d’une deuxième.







