Toucher 100 % de son salaire en arrêt maladie, c’est possible, mais ce n’est pas automatique. Cela repose sur la combinaison de trois dispositifs distincts : les indemnités journalières de la Sécurité sociale, le maintien de salaire par l’employeur, et la prévoyance collective ou individuelle. Voici comment ils s’articulent, et ce qu’il faut faire pour ne pas perdre un euro.
La réalité : les IJSS ne suffisent pas

Dès le premier jour d’arrêt, votre contrat de travail est suspendu. Votre employeur ne vous verse plus de salaire. C’est la Sécurité sociale qui prend le relais, via les indemnités journalières (IJSS), versées à partir du 4e jour d’arrêt (délai de carence de 3 jours).
Leur montant correspond à 50 % de votre salaire journalier de référence, calculé sur la moyenne des 3 derniers mois. Depuis avril 2025, un plafond s’applique : le salaire pris en compte ne peut dépasser 1,4 fois le SMIC mensuel, soit 2 552 € environ. En pratique, cela donne un maximum de 41,95 € bruts par jour.
Pour un salaire de 2 500 € bruts par mois, vos IJSS couvrent donc environ 1 250 € net sur 30 jours. C’est loin du compte.
Le maintien de salaire par votre employeur
À partir d’un an d’ancienneté, votre employeur est légalement tenu de compléter vos IJSS. Ce complément n’est pas versé dès le premier jour d’arrêt : un second délai de carence de 7 jours s’applique. Entre le 4e et le 7e jour, vous ne percevez donc que les IJSS.
Le barème légal selon l’ancienneté
Le Code du travail fixe un maintien à 90 % du salaire brut pendant les 30 premiers jours d’indemnisation, puis à 66,66 % pour les 30 jours suivants. Ces durées augmentent avec l’ancienneté :
- 1 à 5 ans : 30 jours à 90 % + 30 jours à 66,66 %
- 6 à 10 ans : 40 jours + 40 jours
- 11 à 15 ans : 50 jours + 50 jours
- 26 ans et plus : 80 à 90 jours + 80 à 90 jours
Au-delà de ces durées, l’employeur n’a plus aucune obligation légale. Vous ne percevez alors que les IJSS, soit 50 % de votre salaire de base.
Ce que peut apporter votre convention collective
Beaucoup de conventions collectives dépassent largement le minimum légal. Certaines suppriment le délai de carence de 7 jours, d’autres garantissent un maintien à 100 % dès le premier arrêt. C’est le cas dans la métallurgie, le secteur bancaire ou encore la convention 66 (secteur médico-social).
Consultez votre bulletin de paie : le code IDCC (Identifiant de la Convention Collective) vous donne accès aux dispositions spécifiques à votre secteur.
Vérifier votre convention avant tout arrêt, c’est souvent découvrir des droits méconnus.
La prévoyance, le 3e étage décisif
Comment atteindre 100 % du salaire en arrêt maladie
Versées dès le 4e jour, 50 % du salaire journalier de référence (moyenne sur 3 mois).
À partir d’1 an d’ancienneté : 90 % du brut sur 30 jours, puis 66,66 % les 30 jours suivants.
Complément collectif (obligatoire pour les cadres) ou individuel pour combler l’écart jusqu’à 100 % du net.
Sans convention avantageuse ni prévoyance, on plafonne en pratique entre 50 % et 90 %.
Le maintien légal ne couvre au maximum que 90 % du salaire brut, et seulement pendant une période limitée. Pour atteindre 100 % du salaire net, il faut un troisième niveau d’indemnisation : la prévoyance.
La prévoyance collective est obligatoire pour les cadres depuis 1947. Pour les non-cadres, elle dépend de la convention collective ou de l’accord d’entreprise. Elle peut couvrir jusqu’à 100 % du salaire net en complétant les IJSS et le maintien employeur.
Voici comment les trois étages se combinent dans un cas favorable :
- IJSS (Sécurité sociale) : 50 % du salaire brut plafonné
- Maintien employeur : complète jusqu’à 90 % du brut
- Prévoyance : comble l’écart pour atteindre 100 % du net
Si votre entreprise ne dispose pas de prévoyance collective, une prévoyance individuelle peut remplir le même rôle. Les cotisations représentent généralement 2 à 4 % du salaire selon les garanties choisies.
Les conditions à réunir pour atteindre 100 %

Cinq situations permettent de conserver l’intégralité de sa rémunération :
- Cadre avec prévoyance d’entreprise : la combinaison des trois étages couvre généralement 100 % du net pendant 90 jours, parfois plus selon le contrat.
- Convention collective favorable : certains secteurs garantissent 100 % dès le premier jour, sans condition d’ancienneté spécifique.
- Politique RH interne : certains grands groupes maintiennent volontairement 100 % du salaire pour tous les arrêts.
- Accident du travail ou maladie professionnelle : pas de délai de carence, IJSS à 60 % puis 80 %, maintien employeur dès le 1er jour.
- Affection longue durée (ALD) : pas de délai de carence à partir du 2e arrêt lié à la même pathologie, durée d’indemnisation jusqu’à 3 ans.
Sans prévoyance ni convention avantageuse, on touche en pratique entre 50 % et 90 % de son salaire brut.
Les démarches à ne pas rater
Le respect des délais conditionne directement vos droits. Voici ce qu’il faut faire dans les 48 heures suivant la prescription de l’arrêt :
- Envoyer les volets 1 et 2 de l’avis d’arrêt à votre CPAM
- Transmettre le volet 3 à votre employeur (courrier ou scan)
Un envoi hors délai expose à une réduction de 50 % de vos IJSS pendant la période concernée.
Pendant l’arrêt, respectez les heures de sortie autorisées par votre médecin. Vous pouvez faire l’objet d’un contrôle médical mandaté par la CPAM ou par votre employeur. En cas de prolongation, les mêmes obligations s’appliquent dans les 48 heures.
Enfin, si votre employeur pratique la subrogation, vos IJSS lui sont versées directement et il maintient votre salaire sur votre bulletin habituel : aucune interruption de revenus, aucune démarche supplémentaire de votre côté.





